Le 18 mars 1871 à huit heures du matin, les femmes de Montmartre interpellent les soldats et sauvent Paris.
Récit de P.O. Lissagaray : ⤵️💥🍒 1/
[image : Tardi, Le Cri du peuple]
« Les femmes partirent les premières comme dans les journées de Révolution. Celles du 18 Mars, bronzées par le siège — elles avaient eu double ration de misère — n’attendirent pas leurs hommes.
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Elles entourent les mitrailleuses, interpellent les chefs de pièce : "C’est indigne ! qu’est-ce que tu fais là ?" Les soldats se taisent. Quelquefois un sous-officier : "Allons, bonnes femmes, éloignez-vous !" La voix n’est pas rude ; elles restent. 3/
[🎞️: P. Watkins]
Tout à coup, le rappel bat. Des gardes nationaux ont découvert deux tambours au poste de la rue Doudeauville et ils parcourent le XVIIIe arrondissement. À huit heures, ils sont trois cents officiers et gardes qui remontent le boulevard Ornano.
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Un poste de soldats du 88e sort, on leur crie : Vive la République ! Ils suivent. Le poste de la rue Dejean les rallie et, crosse en l’air, soldats et gardes confondus gravissent la rue Muller qui mène aux buttes tenues de ce côté par les soldats du 88e.
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Ceux-ci, voyant leurs camarades mêlés aux gardes, font signe de venir, qu’ils livreront passage. Le général Lecomte saisit leur mouvement, les fait remplacer par des sergents de ville et jeter dans la tour Solférino, ajoutant : "Votre compte est bon !" 6/
Les remplaçants ont à peine le temps de lâcher quelques coups de feu. Gardes et lignards franchissent le parapet ; un grand nombre d’autres gardes, la crosse en l’air, des femmes et des enfants débouchent sur le flanc opposé, par la rue des Rosiers.
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Lecomte cerné commande trois fois le feu. Ses hommes restent l’arme au pied. La foule se joint, fraternise, arrête Lecomte et ses officiers. »
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P.O. Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, chapitre 3. 8/8
J 2
Émile Zola raconte l'insurrection de Paris dans les deux derniers chapitres de son roman La Débâcle. Au chapitre VII, il peint le matin du 19 mars 1871 comme une « aube de la Commune » : ⤵️🌇🍒 1/ #150ansCommunedeParis
« Le 19, Paris s’était réveillé sans gouvernement, plus surpris qu’effrayé d’apprendre le coup de panique qui venait d’emporter à Versailles, pendant la nuit, l’armée, les services publics, les ministres ;
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et, comme le temps était superbe, par ce beau dimanche de mars, Paris descendit tranquillement dans les rues regarder les barricades. Une grande affiche blanche du Comité central, convoquant le peuple pour des élections communales, semblait très sage. 3/
André Léo racontera quelques mois plus tard le 18 mars 1871 comme le produit d’une opération sciemment menée par Thiers, ce "petit machiniste" : ⤵️👨🔧🍒
« De l'aveu de tous les journaux modérés, l'attaque du 18 mars fut une provocation. Le départ immédiat du gouvernement de tous les services publics, l'enlèvement des caisses et de tout le matériel de l'administration, montre un plan arrêté d'avance. ⚙️⚙️
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L'émeute devint une révolution. Le grand courage du petit machiniste de ce drame ne faiblit pas. 😈
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Éloge lyrique du 18 mars par Jules Vallès, adressé à un enfant qui évoque le personnage de sa trilogie, Jacques Vingtras :
« Le 18 mars te l’a sauvé belle, gamin ! ⤵️🍒
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Tu pouvais, comme nous, grandir dans le brouillard, patauger dans la boue, rouler dans le sang, crever de faim et crever de honte, avoir l’indicible douleur des déshonorés !
C’est fini ! ✊
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Nous avons saigné et pleuré pour toi. Tu recueilleras notre héritage. Fils des désespérés, tu seras un homme libre. »
Le 18 mars 1871, tout ce que Paris compte d’écrivains, d’éditeurs, Verlaine, Millière, Courbet... accompagnent le cortège funèbre de Charles Hugo, fils de Victor, vers le Père Lachaise en une procession aux accents prophétiques. Récits de VH et de Goncourt: ⤵️⚰️
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Victor Hugo dans Choses vues :
« 18 mars — À la gare, on nous reçoit dans un salon où l’on me remet les journaux qui annoncent notre arrivée pour midi. Nous attendons. Foule, amis.
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À midi, nous partons pour le Père-Lachaise. Je suis le corbillard, tête nue, Victor [fils] est près de moi. Tous nos amis suivent, et le peuple. On crie : Chapeaux bas !
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...où vint le rejoindre Clément Thomas, reconnu tandis qu’en vêtements civils il étudiait les barricades de Montmartre.
Suivant les lois de la guerre ils devaient périr.
Au Château-Rouge, quartier général de Montmartre, le général Lecomte signa l’évacuation des buttes.
🫂🚧
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Conduits du Château-Rouge à la rue des Rosiers, Clément Thomas et Lecomte eurent surtout pour adversaires leurs propres soldats.
L’entassement silencieux des tortures que permet la discipline militaire amoncelle aussi d’implacables ressentiments. 🤬
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Le matin du 18 mars 1871 à Montmartre : récit par Louise Michel, carabine sous le manteau et plume à la main. ⤵️💥🍒 1/
[👨🎨: Alfred Le Petit, 1880]
« On savait par le 31 octobre et le 22 janvier de quoi sont capables des bourgeois hantés du spectre rouge.
On était trop près de Sedan et de la reddition pour que les soldats, fraternellement nourris par les habitants de Paris, fissent cause commune avec la répression.
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— Mais sans une prompte action, on sentait, dit Lefrançais, que comme au 2 décembre [1851] c’en était fait de la République et de la liberté. 3/