Aujourd'hui mes amis, sous vos yeux éberlués je vous présente le juge d'application des peines, le JAP pour les intimes. Magistrat spécialisé, il est nommé JAP par décret. Il s'occupe de la phase post sentencielle, c'est a dire après le procès, exclusivement.
A ce propos, cessez de dire au JAP que vous êtes innocent. Il est là pour veiller à la meilleure application possible de la/des peine(s) prononcée(s) par le tribunal correctionnel, pas pour refaire le match. Il en a marre qu'on lui dise "s'pas moi".
Le JAP s'occupe du milieu carcéral mais également de beaucoup de peines qui s'exécutent hors des murs d'1 prison. Il applique 1 droit très technique, fréquemment réformé. Il a 1 vrai pouvoir d'adaptation de la peine prononcée par la juridiction, pour l'individualiser a chacun.
Le JAP est aidé par le Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation (SPIP), qui suit les condamnés et connaît leur situation. Le SPIP intervient lui aussi en milieu carcéral mais aussi a l'extérieur, & gère un nombre TRÈS important de mesures, avec des urgences a gérer!
En milieu ouvert, le JAP veille a ce que le condamné à un TIG l'exécute. La non exécution de cette peine peut le mener en détention. Il veille aussi a ce qu'1 condamné à des jours amende les paye : a défaut, pareil, détention ! Ces peines sont des alternatives a la détention
Le JAP veille au respect du sursis probatoire : c'est une peine d'emprisonnement que le condamné n'exécutera pas si pendant un delai de probation fixé par la juridiction 1) il ne commet pas de nouveau crime ou délit, 2) il respecte les obligations & interdictions de sa probation.
Ces obligations peuvent être multiples : travailler, se soigner, indemniser la victime, effectuer 1 TIG, passer son permis... le but étant de travailler voire résoudre les problématiques, notamment addictives, ayant conduit a la commission de l'infraction.
Les interdictions aussi peuvent être multiples : porter 1 arme, conduire tout véhicule, contacter la victime... En cas d'irrespect, de nouvelle infraction ou si le condamné se soustrait a son suivi, le JAP peut révoquer le sursis après avis du SPIP et du procureur. Et là...
Le JAP suit aussi les suivis socio judiciaires, sorte de super sursis probatoire à dominante médicale, encouru pour les crimes & délits très graves. Le JAP est alors en lien avec le SPIP mais également un médecin coordonnateur de la mesure : ces condamnés sont très surveillés
Le JAP suit évidemment les condamnés a des peines d'emprisonnement. En dessous d'un an, elles peuvent etre aménagées : bracelet électronique, semi liberté, placement extérieur, libération conditionnelle. Jusqu'à 6 mois le JAP peut même les convertir en TIG, ou en jours amendes.
Donc oui, on peut être condamné a de la prison et ne jamais y aller. Le JAP fait la balance entre l'insertion du condamné et examine donc a la loupe sa situation, ses efforts, et la prévention de la récidive : il examine donc a la loupe, aussi, son casier judiciaire!!
Le JAP s'appuie sur l'avis du SPIP & prend les réquisitions du proc. Il n'est pas devin : il ne peut pas deviner si le condamné va recommencer. Chaque décision d'aménagement comporte un risque, que le JAP cherche a exclure par des criteres objectifs, ce qui n'est pas simple
Le JAP examine également les demandes d'aménagement de peine des détenus, qui lui présentent un projet de sortie. Il recueille l'avis du SPIP, les réquisitions du proc, entend le condamné et son avocat. Les dernières réformes, visant a vider les prisons, ont changé la donne.
Il n'est plus nécessaire d'avoir un vrai projet de sortie lorsqu'on est en toute fin de peine, sauf risque vraiment très important de récidive : des mesures de gestion de la population carcérale visent clairement a encourager massivement des sorties prématurées. C'est la loi.
Le JAP suit les condamnés dont il a aménagé la peine. L'aménagement peut etre retiré si le détenu ne respecte pas la mesure, ne tient pas ses engagements, commet de nouveaux faits... Dans ce cas le JAP peut le ré incarcérer très rapidement : il doit être réactif.
Le JAP autorise les permissions de sortir, pour préparer la réinsertion dans la société après la peine. Il octroie des réductions de peine supplémentaires en cas d'efforts notables du condamné détenu (soins, indemnisation de la victime, travail ou études en detention...).
En cas de faute en détention,le détenu peut se voir retirer par le JAP les crédits de réduction de peine qui sont automatiquement accordés en cas de bon comportement en détention. La encore, c'est la loi qui éloigne le quantum prononcé & le quantum exécuté en prison, pas le JAP!
Le JAP siège au Tribunal d'application des peines qui statue sur les demandes des détenus criminels très dangereux, qui peuvent solliciter des aménagements de peine, des réductions de période de sûreté... Au vu du risque, important, la loi prévoit une collégialité de la décision.
Le JAP a souvent faussement la réputation d'1 juge laxiste. Il est démontré qu'une sortie de détention sans suivi est bien + souvent suivie de récidive qu'une peine aménagée et donc encadrée. Au JAP de déterminer quel est le bon moment, s'il y en a un, pour faire confiance!
L'incarcération d'un condamné, si elle est parfois nécessaire, ne doit pas être vue comme une fin en soi. La perspective et la préparation de la sortie doivent être travaillées pour bien se passer et prévenir la récidive : c'est le travail du JAP.
Fiche technique de la fonction :
+ : fonction concrète et à la fois technique, enrichissante humainement
- : réformes incessantes pas toujours cohérentes ; décisions a enjeu, prises le + souvent seul ; faiblesse des moyens consacrés à la réalité du suivi des condamnés
Qualités requises : humanité, le JAP se heurte à des parcours de vie durs ; bienveillance mais aussi fermeté ; réactivité ; optimisme!!
Défauts possibles : angélisme, le JAP entend beauuuucoup de promesses ; biais idéologique (un JAP ne doit PAS être pro ou anti détention !)
Petits camarades de jeu : son greffe, comme tous les juges, particulièrement les juges spécialisés ; l'administration pénitentiaire et particulièrement le SPIP, avec qui il est en lien quotidiennement et avec qui il doit travailler en confiance.
Je n'ai jamais exercé cette noble fonction, très technique et de ce fait difficile a résumer. Soyez donc indulgents et n'hésitez pas a combler mes lacunes !!
Des questions, des observations, des compléments ? A vous!!

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9 Jan
Aujourd'hui mes amis, parce que ma grande famille judiciaire n'est pas encore réunie, je vous présente sous vos yeux enchantés le pôtichat des tribunaux, j'ai nommé le greffier. Il est formé à l'école nationale des greffes a Dijon, à laquelle on accède par concours.
Commençons par ce que N'EST PAS le greffier : ce n'est pas le secrétaire du magistrat. Ce n'est d'ailleurs même pas son subordonné : le magistrat n'a à proprement parler aucun pouvoir hiérarchique sur le greffier, qui dépend dans une juridiction de son directeur de greffe.
Le magistrat et le greffier sont une équipe, inséparable. L'un sans l'autre ne servent à rien. La team est complétée par des agents administratifs, de catégorie C, dont beaucoup font fonction de greffier. L'ensemble fait tourner la machine judiciaire.
Read 20 tweets
8 Jan
Mes amis aujourd'hui sous vos yeux médusés je vous présente ce grand inconnu, le juge civil. Magistrat généraliste s'il en est, il est affecté au civil par le président du tribunal. Vous souvenez vous de toutes les attributions des autres juges? Eh bien il fait tout le reste!
Tous les contentieux qui ne relèvent pas du JCP et du JAF relèvent du juge civil, saisi par le justiciable et son avocat (obligatoire dans un grand nombre de cas) pour tous les litiges qui peuvent le concerner. Le juge civil doit avoir des connaissances approfondies
dans un grand nombre de domaines, tant il peut être sollicité dans un grand nombre de contentieux dont le commun des mortels ne connaît rien.L'avocat du demandeur lui soumet son argumentaire par voie de conclusions,auxquelles l'avocat du défendeur répond. Ils joignent des pièces
Read 18 tweets
7 Jan
Nouvel essai : sous vos yeux ébaubis, je vous présente le Juge du Contentieux des Protections, le JCP, anciennement juge d'instance & rebaptisé suite à la fusion tribunal d'instance-de grande instance. C'est un juge civiliste spécialisé, statuant à juge unique
il a perdu certains domaines de compétence avec la fusion en tribunal judiciaire. C'est un juge accessible, devant lequel le ministère d'avocat n'est pas obligatoire. Il en ressort une grande spontanéité pendant les audiences, le JCP étant habitué au contact direct du justiciable
et notamment à traduire en terme juridiques ses demandes, qui sont parfois peu claires, ainsi qu'à mettre de l'ordre dans le pièces qui lui sont remises, souvent dans un fouillis indescriptible. Il a des contentieux réservés qui constituent son pré carré!
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7 Jan
Mes amis aujourd'hui sous vos yeux stupéfaits, le juge aux affaires familales, le JAF. Magistrat généraliste, il est juge ou vice-président & affecté à cette fonction par le président du tribunal. Vous êtes prêts? C'est partiiii
Le JAF est bien sûr en premier lieu le juge du divorce, dissolution du lien marital. Il y a plusieurs types de divorce, du plus pacifique (les époux sont d'accord sur tout, et une partie des divorces par consentement mutuel échappe d'ailleurs au JAF et se fait devant notaire)...
Au divorce accepté, où les conjoints sont en accord sur le principe du divorce mais pas sur ses effets (partage des biens, logement garde des enfants...), que le juge va trancher. On ne parle alors pas des causes de la séparation.
Read 17 tweets
5 Jan
Pour plus de lisibilité (& faciliter vos révisions si besoin), je vais regrouper tous mes portraits de la grande famille judiciaire sous ce tweet.
Pour ce faire je suis téléguidée par mon assistant, étant bien incapable de le faire seule.
Coeur et flan vanille sur lui!!
Read 6 tweets
5 Jan
Aujourd'hui mes amis, sous vos yeux émerveillés, le Tribunal correctionnel, et en particulier son président. C'est un magistrat du siège généraliste : il est nommé selon son ancienneté juge ou vice-président, et c'est le président du tribunal qui va l'affecter a cette fonction
Le tribunal correctionnel statue selon les infractions a juge unique, donc seul, ou en collégialité c'est a dire a 3. C'est la loi qui décide, 1 ou 3 : la liste des infractions relevant de la juge unique va en augmentant a chaque réforme, pour des raisons évidentes d'économies
A présent seules les infractions les plus "graves" relèvent de la collégialité : homicide involontaire, agressions sexuelles, stup, escroqueries, vols et violences avec plusieurs circonstances aggravantes...La comparution immédiate relève TOUJOURS de la formation collégiale
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