Comment peut-on accéder aux classes moyennes sans avoir beaucoup d'argent et avec un faible niveau de diplôme ? 🤔

Un thread qui vous résume un article de Lise Bernard consacré à l'importance d'un genre particulier de culture dans la profession d'agent-e immobilier. ⬇️
Avant de rentrer dans le détail de la profession d'agent-e immobilier, précisons ce qu'on va entendre ici par classe moyenne. Le terme étant très utilisé et souvent mal utilisé, ça vaut quand même le coup de le délimiter.
Donc les classes moyennes c'est évidemment un terme qui regroupe plein de situations différentes. Ça va de votre prof de collège au buraliste de votre rue, en passant par le conseiller de votre banque et j'en passe.
Du coup au vu de cette grosse diversité Lise Bernard propose de s'en tenir à une définition pratique et assez efficace : les classes moyennes ça va être tout ceux qui ne sont ni dans les classes populaires ni dans les classes supérieures.
Pour les agent-es immobiliers ça fonctionne bien, on peut vraiment les distinguer des classes populaires d'un côté.
Et ça parce qu'ils peuvent avoir des niveaux revenus assez élevés parfois, qu'ils sont pas mal autonomes dans leur travail, qu'ils bossent sur des biens marchands prestigieux et qu'ils ont un travail où ils sont complètement focus sur la relation client.
Et de l'autre côté, ils diffèrent aussi des classes supérieures parce qu'ils sont quand même pas mal exposés à l'incertitude économique (dépendent beaucoup des aléas de la vente) et qu’ils ont des diplômes et origines sociales inférieurs aux cadres et professions libérales.
Du coup, ils font bien partie des classes moyennes (contrairement aux profs d'université par exemple, qui n'en sont pas du tout, comme le rappelait Julian Mischi chez @Bolchegeek).
Mais dans ces classes moyennes ils ont quand même une position un peu particulière, pour ne pas dire… mystérieuse (même si en fait y a pas de mystère parce que c’est de la socio).
Parce que traditionnellement l'accès à la classe moyenne passe soit par l'obtention d'un capital économique. Typiquement les commerçants, qui se professionnalisent à partir de leur ressource économique privée qu'ils investissent dans des murs et/ou un fond de commerce.
Ou soit par un capital culturel validé par l'école, par un diplôme. C'est typiquement le cas de beaucoup de professions non manuelles du salariat (prof, informaticien-ne, chargé-e de communication, etc.).
Le métier d'agent-e immobilier lui nécessite pas vraiment de diplôme (le recrutement se base surtout sur la "personnalité" du candidat) ni d'investissement économique fort (il suffit de louer un local, d'acheter un pc et un téléphone pour commencer).
Voilà pour notre premier point sur la place des agent-es immobilier dans les classes moyennes, on passe au deuxième.
Pour entrer dans la profession du coup c'est un autre type de capital qui va jouer : ce qu'on appelle le capital culturel non certifié, c'est-à-dire tout un tas de ressources culturelles qui peuvent exister en dehors de la validation scolaire.
Et un élément très important pour les agents immobiliers ça va être la manière de parler, de choisir ses mots. Car contrairement aux commerçants pour qui la relation client peut se rapprocher de la sociabilité quotidienne, ici elle est particulièrement sophistiquée et cruciale.
Du coup, les agent-es développent une attention forte aux subtilités langagières. Une maladresse de leur part peut leur faire perdre une vente, donc ils favorisent certaines expressions qui marchent mieux, ils suivent aussi parfois des scénarios élaborés à l'avance.
Bref, ils doivent avoir des compétences langagières assez avancées, et face à ça tous les agent-es ne sont pas égaux d'ailleurs selon leur origines sociales.
Parce que ce qui fonctionne ce n'est pas d'appliquer scolairement des recettes langagières, mais de savoir mobiliser ces ressources spontanément, "naturellement", dans la relation client. Ce qu'il faut c'est savoir improviser en situation.
Ce que savent mieux faire ceux qui ont baigné dans les classes moyennes ou supérieures, que ceux issus des classes populaires. L. Bernard illustre ça avec l'exemple d'un fils de mécanicien et d'une agente d'entretien qui apprend assidument les conseils de formation mais galère.
Et l'exemple inverse d'un enfant de gérant d'hotel et d'une conseillère en assurance qui bien qu'ayant que le bac, qui réussit sans vraiment suivre les conseils des formations, mais plutôt en improvisant sur le moment.
On arrive donc sur mon troisième point, à savoir qu'un des atouts majeurs dans le métier c'est la familiarité avec les classes moyennes et supérieures. Familiarité qui peut venir soit d'un héritage familial ou d'une trajectoire de vie qui flirte avec différents milieux.
Cette familiarité, qui s'exprime dans le langage mais aussi dans les sujets de discussion, le rapport au corps et tout un tas de bonne manières, c'est qui va permettre de mettre en confiance les clients et de cerner leurs attentes.
Et vu qu'ils vont avoir surtout affaire à des gens des classes moyennes et supérieures (étant donné que devenir propriétaire n'est pas donné à tout le monde) les agents issus de ces milieux vont avoir un réel avantage.
D'ailleurs on trouve souvent dans le métier des personnes issues de milieux sociaux élevés, qui ont raté leur scolarité, mais qui réinvestissent un capital culturel familial dans ce travail, qui va du coup les revaloriser en retour (vu que y a un petit prestige et tout).
Mais on a aussi des agent-es immobiliers issu-es des classes populaires qui ont pu se familiariser avec les classes moyennes et supérieures (via un membre de la famille élargi/ un parent immigré déclassé/ un quartier aisé / un emploi de service des CSP+...).
Dans leur cas, ce sont des petites différences dans leur trajectoire qui vont les amener à se familiariser avec les manières d'être et de faire des classes moyennes et supérieures. L'âge et la multiplication des expériences de vie peut favoriser ça d'ailleurs.
Bref, maintenant concluons tout ça avec un quatrième et dernier point. Qui est que cette importance décisive du capital culturel non certifié, manifeste chez les agents immobiliers, se retrouve dans un groupe social plus large : les commerciaux.
C'est tous ces métiers qui depuis 30ans se développent de plus en plus (assurance, banque, attaché de presse, etc.) pour qui la relation client est le coeur du travail, et qui fonctionnent sur ces ressources non certifiées de langage et de proximité sociale.
Et là on tient peut-être un changement dans les classes moyennes françaises, qui dans les années 60/70 s'étaient développés autour du capital scolaire.
Finalement, peut-être que de plus en plus les ressources culturelles hors école vont constituer un élément déterminant dans l'accès aux classes moyennes.
Fin de ce thread ! Petit lien pour chopper l’article si jamais vous voulez le lire entier. docdro.id/COSrptc
Quant à moi, je vous dis bisou et je manvol
qui bien que n'ayant que le bac, réussit sans vraiment suivre*

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More from @GregoireSimpson

3 Jul
J'oubliais, petit point résultats du quizz d'hier du coup.
Vous avez bien deviné en majorité qu'il s'agissait du travail d'agent-e immobilier ! 🥳
Pas mal sont tombés dans le piège de la réponse "buraliste" en revanche, qui est fausse puisque les buralistes tiennent clairement leur position sociale de classe moyenne de leur capital économique.
Read 8 tweets
2 Jul
LES AMIS ! Vous voulez gagner très gros ?? Rien de plus simple ! il suffit de répondre correctement à trois petites questions 🔽🔽🔽
Gros lot pour les vainqueurs : un ticket pour les classes moyennes ! Quant aux perdants, ils se consoleront avec une meilleure connaissance du monde social. Allez, c'est parti pour les 3 questions !
A votre avis, comment pouvez-vous tout en ayant assez peu d'argent et de patrimoine, ainsi qu'un faible niveau de diplôme, intégrer les classes moyennes ? En devenant :
Read 7 tweets
17 May
Suite au stream de @M0diie sur les sens du vote j'ai maté le documentaire "A la recherche des voix perdues" issue de la thèse @JeremieMoualek sur le vote blanc, et c'était vraiment très cool ! Je vous le recommande chaudement.
Pour ceux qui se demanderaient à quoi ressemble concrètement la recherche en socio, ça vous donne une idée de ce qu'est un entretien semi-directif (même si vous avez pas tout le travail en amont et le travail d'analyse qui suit, qui sont cruciaux en vrai).
Aussi, si vous écoutez avec des écouteurs, mieux vaut n'en utiliser qu'un, le son est en mono j'ai l'impression.
Read 4 tweets
10 May
Suite à ta réponse @bobocendre, je me permets de répondre aux points que tu as soulevé et aussi d’approfondir ma critique. Donc pour ceux que ça intéresserait, on part sur un nouveau thread sur la série de vidéo de Dany Caligula et Cassandre.
1/ D'abord petite précision sur le féminisme matérialisme de Thiers-Vidal que vous avez trouvé critiquable parce qu'il aurait tendance à mettre tous les hommes dans le même sac sans vraiment rendre compte des rapports de force entre les différentes masculinités.
Sur ce point, il me semble pas que Thiers-Vidal nie l'hétérogénéité existante chez les hommes, simplement il n'en fait pas un élément crucial pour comprendre l'oppression des hommes sur les femmes.
Read 34 tweets
1 May
Suite du thread sur l'article de Thiers-Vidal, avec pour finir un petit retour sur la série de vidéo faite par Dany Caligula et Cassandre, qui tombe sous le coup de nombre de problèmes mentionnés dans l'article.
Vous l’aurez sûrement compris à travers les quelques mentions faites dans ce thread mais la perspective de Thiers-Vidal s’oppose largement à celle de Daniel Welzer-Lang qui a voulu étudier les masculinités en se détachant des études féministes.
Et comme vous l'avez compris aussi une perspective pareille pose sérieusement problème et tend à reproduire les biais masculinistes. Eh bien, le travail de D. Caligula et Cassandre est tout à fait dans cette veine.
Read 16 tweets
1 May
Comment peut-on analyser convenablement les rapports homme/femme quand on est un homme, donc un oppresseur ?
Un thread qui résume un article de Léo Thiers-Vidal sur le sujet. 👇
(Un article qui vous le verrez reste d’une grande actualité et permet de critiquer un certain nombre de discours sur les masculinités qui se veulent féministe. Je pense en particulier ici aux vidéos récentes de Cassandre et D.Caligula - j’y reviendrais brièvement à la toute fin.)
D'abord ce qu'il faut dire c'est que si la question se pose c'est que les chercheurs hommes du fait de leur position dans notre société patriarcale sont forcément confrontés à plusieurs obstacles quand il s'engage dans la recherche sur ses sujets.
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