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Suite à l'article sur l'allaitement qui a tourné récemment, un petit thread qui j'espère sera utile aux soignants comme aux parents ou futurs parents avec de vrais morceaux de références dedans.
C'est un sujet qui convoque souvent beaucoup d'émotions car il renvoie à notre
histoire personnelle...
Allaitement vécu comme un succès, ou au contraire un calvaire vite arrêté, culpabilité des mères de ne pas faire ce qui est "bien", absence de remise en question des soignants qui se basent sur des opinions et expériences personnelles,
ou reproches de ceux qui se sont formés et qui sont dépités devoir circuler des contre-vérités... bref, de quoi parfois avoir la moutarde qui monte un peu vite au nez, et il y en a pour tous les goûts...
Un rapide survol des bénéfices

Il me serait impossible d'être exhaustive sur le sujet car on ne sait pas tout du lait maternel...mais malgré tout les connaissances accumulées sont nombreuses et solides.
L'allaitement maternel exclusif diminue l'incidence/regarde l'âge d'apparition de certaines maladies auto immunes chez l'enfant, même des années après le sevrage (diabète 1, maladies inflammatoires intestinales...).
ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28892171
L'incidence de l'obésité est moindre chez les enfants allaités, ainsi que de l'asthme. (eurekalert.org/pub_releases/2…)
Chez la mère on observe moins de sd metaboliques et moins de diabète 2. Diminution du risque de cancers hormono-dépendants.
Permettre une première tétée peau contre peau dans les deux heures qui suivent la naissance améliore les interactions mère-enfant avec des répercussions jusque dans la première année de vie.
Le lait maternel contient des IgA sécrétoires qui tapissent la muqueuse digestive de
l'enfant et agissent comme une protection mécanique contre les pathogènes qui peuvent s'y trouver.
Je n'évoque pas le cas particulier des prémas car cela deviendrait vraiment trop long mais ce n'est pas pour rien que les reco sont de ne donner que du lait de femme aux plus petits
d'entre eux.
Idem je n'attaquerai pas le gros morceau de la biochimie et de la comparaison LM/préparations pour nourrissons aujourd'hui.
Comment peut-on évoquer la question en pré ou per partum sans culpabiliser les mères ?

Chacun trouvera sa solution. Je peux apporter ma modeste expérience. Je pratique un équivalent du conseil minimal pendant la grossesse. Parfois on me pose des questions, parfois non.
Lorsque le terme approche je transmets quelques informations : que parfois les mamans sont face à des infos contradictoires en maternité et que ça peut être vite déstabilisant. Que lire un peu sur le sujet peut aider à se sentir plus en confiance,
mais qu'au contraire certaines sont plus à l'aise avec le fait de ne rien lire du tout et d'y aller au feeling.
Qu'elles peuvent m'identifier comme personne ressource en cas de pb.
Que s'il y a des douleurs c'est qu'il y a une solution à apporter car cela ne doit pas faire mal.
À la consultation de J8 j'assiste à une tétée si elles le veulent bien. J'imprime la courbe de croissance OMS. Et je valorise ce qu'elles font.
On revient aussi sur le rythme des bébés allaités, car il est capital de dire aux parents que physiologiquement
un bébé va réclamer intensément d'environ 19h à 01h du matin sans que cela soit le signe d'un manque de lait. Il est important de parler des jours de pointe aussi. De dire que c'est normal et que cela ne signifie pas que le bébé est affamé.
Je leur donne enfin les outils pour qu'ils puissent évaluer eux-mêmes si tout se passe bien : les signes que le transfert de lait s'effectue correctement, les couches mouillées d'urine, les selles, les périodes d'éveil calme.
Bien sûr, je ne parle ici que de l'allaitement et je passe vite sur les cas où le bébé n'est pas où vite plus allaité. Ce n'est pas l'objet de ce thread et évidemment dans la vraie vie ces parents trouvent chez moi tout autant d'écoute et de bienveillance
que les autres. On en profite pour voir la technique du biberon à l'horizontale, et cela aboutit souvent à des moments uniques qui les confortent dans leur compétences de parents.
Place du deuxième parent

Oui c'est certain. L'option "allaitement" est rarement disponible en série chez les pères ou deuxièmes mamans (même si on en a vu induire une lactation pour partager cela !)
et ce peut être un frein pour certaines familles.
"Je voudrais partager les repas avec le papa/la 2e maman" => on entend souvent cela.
Ce qu'on voit souvent aussi c'est que les
biberons du bébé sont donnés quasi exclusivement par la mère au final.
On peut dire que les bébés allaités reçoivent souvent des biberons de lait maternel / de préparation pour nourrissons à l'occasion d'une sortie ou de la reprise du travail et
qu'à ce moment l'autre parent peut jouer ce rôle nourricier. Mais que les débuts sont importants pour bien lancer la lactation et pour cela un allaitement au sein exclusif est l'idéal. Qu'il y a plein de façons de participer
et d'interagir avec son nouveau-né qui sont tout aussi gratifiantes que les repas. Que le rôle de protecteur et de facilitateur de l'allaitement est capital, et que c'est un très beau cadeau faire à son bébé et à la mère qui allaite.
Un bébé commence sa diversification vers le milieu de la première année : très vite il ne dépend plus à 100% du lait maternel et un autre intervenant peut entrer en jeu.
Certain.e.s conjoint.e.s trouvent un équilibre en apportant à la mère allaitante le bébé
pour la tétée en en profitant pour les entourer, s'assurer de leur confort, faire faire un rot, changer le bébé, lui donner le bain, lui faire des massages... Les possibilités sont infinies.
(Suite)
Les nuits des bébés allaités

L'impression que l'on peut avoir est que les bébés allaités "ne font pas leurs nuits".
Eh bien des études menées à ce sujet montrent qu'en réalité les parents de bébés allaités dorment mieux que les autres.
La pratique du cododo est fréquente chez les mères qui allaient car lorsqu'on n'a pas besoin de se lever pour aller faire un biberon, il est plus pratique d'aller au bout de la démarche, mettre l'enfant au sein sans bouger hors du lit et se rendormir plus vite.
Il faut rappeler les règles de sécurité indispensables pour le cododo (source : UNICEF)
Que peut-on faire, en tant que soignant, accompagnant, prescripteur, pour soutenir les mères qui allaitent ?
La première chose est d'évaluer ses propres connaissances (d'où viennent-elles ? S'appuient-elles sur des preuves ? Sont-elles actualisées ?) Et prendre conscience de ses limites éventuellement en avertir la patiente et l'orienter vers des relais fiables sur la question.
Ressources utiles (médicaments, examens d'imagerie) :
La base de données du CRAT, qui peut être complétée par elactancia (en espagnol) et également par le coin du prescripteur sur le site de la Leche League
lecrat.fr
e-lactancia.org
lllfrance.org/professionnels…
Ces données sont produites par des professionnels de santé, elles sont fiables et sourcées.
Relais utiles (information, aide, soutien) :
ce sont les groupes d'aide de mère à mère qui permet le partage d'un savoir concret par des femmes qui vivent ce dont elles parlent. Au niveau national il y a la Leche league, qui a des branches departementales. Autre exemple :
Solidarilait.
Il y a d'autres associations également, dont le maillage territorial est parfois moins important.
Il existe des numéros type Allait'écoute qui sont des permanences téléphoniques avec des pros de santé au bout du fil. Je donne la réf de chez moi.
Au-delà de ça, une écoute, une attitude bienveillante, et la conviction que chacune essaie de faire au mieux pour son enfant sont la base d'une relation de soutien à l'allaitement.
L'accompagnement lors des difficultés c'est très bien, mais aussi lorsque tout va bien, car je vous garantis qu'une femme qui allaite entend beaucoup de critiques et remises en question de ses compétences, et le fait qu'un médecin ou une SF ait dit que tout allait au mieux, c'est
Important.
L'accompagnement au sevrage fait aussi partie du job. Qu'il ait été voulu ou prématuré, parce que finalement l'allaitement ne convient pas à la femme quelle qu'en soit la raison. N'importe quel
soignant équipé d'empathie et de bon sens tentera de rassurer la mère sur ses capacités et la confortera dans ses choix puisqu'il n'existe qu'un exemplaire au monde de son enfant, et qu'elle est la mieux placée pour savoir ce qui lui/leur conviendra le mieux.
Accompagner les femmes c'est aussi avoir conscience que l'allaitement est plutôt marginal et que le sevrage intervient très tôt. Après avoir progressé pendant 15 ans, le taux l'allaitement à la naissance régresse en France. Il se situe autour de 70 %, avec seulement 59%
d'allaitement exclusif pendant le séjour à la maternité (Réf : INED)
Ce taux est l'un des plus bas en Europe.
À trois mois, 39% d'enfants allaités dont 10% en exclusif. Puis cela continue de chuter.
Interrogeons-nous sur la façon dont nous
accompagnons les parents. Interrogeons-nous sur la facilitation que nous pouvons leur offrir concernant l'allaitement. Encouragements, banalisation de l'allaitement en public, augmentation du congé maternité, arrêt de la psychanalisation à
outrance (ex Ruffo qui conseille aux mères d'arrêter avant 6 mois sous peine d'être incestueuses et de dire à leur nourrisson "non ce sont les jouets de papa")...
L'allaitement ce ne sont pas des chaînes si on arrête de compliquer la vie des allaitantes.
Dans une société qui n'a plus la culture de l'allaitement, l'équation sein + bébé= tout roule n'est que trop rarement vraie. Quand on n'a vu ni sa mère, ni ses tantes, ni ses sœurs, ni sa voisine, ni la dame au parc allaiter, quand le pictogramme du biberon est devenu synonyme
de "puériculture", il faut trouver ses propres repères et ce n'est pas facile.
Enfin prenons conscience qu'il y a autant de façons d'allaiter que de couples mère/enfant, et que l'allaitement exclusif
au sein ne représente pas la majorité des cas. Tire-allaitement, mixte, DAL, tout est bon à prendre.
Il y aurait tellement plus à dire. Mais la capacité de sieste de mon fils me pousse à m'arrêter là. J'espère que personne ne se sentira froissé, le but de tout ceci est d'apporter de l'info et de l'expérience à ceux que cela intéresse.
Je me permets de vous poker @docdu16 @DrJohnFa et @MartinWinckler
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