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Valentin Socha @valentinsocha
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Hop, c’est parti pour un thread sur la signalétique originale du #RER, mise en service il y a 40 ans. Tellement banale et insignifiante en apparence, et pourtant… Je vous l’explique avec quelques animations faites maison, déroulez donc 😉

#40ansduRER #RATP #SNCF
Jusque dans les années 60, le réseau de transport s’aventure peu en dehors de Paris… Sauf qu’on vit de plus en plus nombreux à Créteil, Cergy ou Bondy. Et qu’on peut habiter à Noisy-le-Grand et devoir aller travailler à la Défense. La région parisienne s’urbanise, en somme.
En gros, à cette époque, le métro ne fait que de timides incursions en banlieue… Pour le reste, les « lignes régionales » s’arrêtent dans les grandes gares parisiennes, obligeant les passagers à de laborieuses correspondances. Not cool.
On pense alors un « métro régional », focalisé d’abord sur une transversale qui puisse permettre de traverser Paris d’est en ouest, sans rupture de charge. Nation-La Défense en quelques minutes seulement, le rêve.
Ça vous rappelle le RER A ? C’est normal, il s’agit de lui 🙂
Et on puis on trace une transversale sur la rive gauche. Puis deux transversales nord-sud. On est en 1972 et les lignes C, B et D du nouvellement nommé « RER » viennent de naître.
(elles viennent de naître sur le papier hein, il faut les construire quand même)
Ce RER, vous vous en doutez, est un enjeu énorme. Colossal même. Une révolution pour des millions de passagers potentiels. Et une autre façon d’envisager ses déplacements en banlieue, mine de rien.
Les pouvoirs publics font alors appel à Roger Talon, designer de son état. Il connaît un peu l’univers ferroviaire pour avoir créé, quelques années auparavant, l’iconique design des trains Corail pour la SNCF. De l’orange, du plastique, des rondeurs : bonjour, années 70 👋
En 1976, on demande donc à Roger Tallon d’imaginer visuellement ce nouveau moyen de transport, notamment sur la manière d’accompagner et d’orienter les flux de voyageurs dans leurs déplacements.
Notez bien qu’il s’agit d’une réflexion plus que d’une commande ferme : on ne demande pas à Tallon de dessiner un élément spécifique, mais qu’il pense plus globalement à la façon dont les passagers évolueront dans le réseau. C’est une pratique assez nouvelle, à l’époque.
Roger Tallon réunit une équipe de designers qui amènent chacun leur expertise dans leur projet. Et c’est parti.
D’abord, le réseau s’agrandit et se complexifie : il faut orienter toujours plus de voyageurs, dans toujours plus de couloirs, sur toujours plus de lignes…
Et puis il faut orienter des voyageurs de plus en plus pressés. Entre le travail et la vie de famille, nous avons plus franchement le loisir de nous perdre dans les couloirs de Châtelet… (ok, ça arrive encore. Châtelet, quoi)
Il faut donc quelque chose que l’on puisse lire et comprendre très rapidement. De la clarté dans un espace complexe. Évacuer le superflu pour ne retenir que l’information essentielle. En un mot : être efficace.
L’équipe de Tallon imagine alors un vocabulaire formel simple, qui s’articule autour de ronds et de lignes. Rien d’autre. TOUT repose sur ces deux formes.
Dans les couloirs du RER, on passe son temps à chercher sa ligne. Contrairement à la forme, la couleur ne demande pas un effort d’analyse de la part du cerveau : on voit une couleur, on l’associe instantanément à une information.
On l’utilise alors pour l’identification des lignes : quatre nuances contrastées sont retenues. Le blanc est utilisé pour le reste de la signalétique. Le noir fait ressortir les autres couleurs avec force, question de lisibilité.
Dans le métro, les lignes sont représentées par des traits ponctués de puces pour les arrêts. Pour le RER, on décide d’intégrer ces puces dans l’épaisseur du trait pour donner aux lignes plus de prégnance, plus d’impact.
Notez aussi que c’est une façon toute simple de différencier le « vieux » métro du jeune et fringant RER. Habile.
Par ailleurs, le réseau change d’échelle : on passe de Paris à la banlieue. Jusqu’ici, les plans de métro représentaient les lignes selon un tracé géographiquement exact, accompagné souvent des principales artères parisiennes en fond de plan.
Si la même logique était appliquée pour le RER, on se retrouverait très vite avec des lignes en forme de spaghetti… Quant à faire figurer les rues de toute une région, c’est évidemment impensable. Il faut alors quelque chose de plus schématique.
C’est Rudi Meyer qui est chargé par Roger Tallon de penser la cartographie du RER.
Les tracés des lignes sont simplifiés, à la fois pour tenir dans l’espace du plan et gagner en lisibilité. L’outil clé, c’est la grille : c’est elle qui structure et organise les tracés — un peu comme un tuteur pour une plante.
Le fond de carte se limite à Paris, la Seine et la Marne, résumé à de fines silhouettes géométriques. Le résultat est juste éblouissant de simplicité ❤️
(les fonds de cartes sont souvent négligés par nature, étant donné qu’on les voit moins. Il est rare qu’ils soient aussi esthétiques 😉)
Rudi Meyer s’est inspiré du plan du métro de Londres, dessiné dans les années 30 par Harry Beck (big up 👋) et qui utilise cette même grille. Un modèle fondateur qui s’est très largement répandu depuis.
On peut citer aussi le fabuleux travail de Massimo Vignelli (qui était consultant sur le projet du RER) pour le métro de New-York, une source d’inspiration certaine.
Bon, c’est fort cool, on a notre plan. Mais le RER, c’est aussi des panneaux pour orienter les passagers dans les gares et leur indiquer la sortie, les correspondances ou juste le nom de la station… Et ça, ça implique du texte.
Pour rappel, le voyageur se retrouve à devoir évoluer dans un espace complexe, ce qui implique de lui donner des repères. Qu’il sache, à quelque endroit que ce soit du réseau, qu’il emprunte bien le RER.
L’idée, c’est qu’il reconnaisse le RER en l’utilisant. Comment ? En proposant des codes visuels différenciants, bien entendu. Mais aussi en rendant ces codes constants tout au long du parcours de l’usager.
Implicitement, en étant constamment soumis au même univers visuel, l’usager l’identifiera comme étant celui du RER. Boom. D’où l’idée d’étendre le principe de départ à la typographie.
Sur cette partie, Roger Tallon a fait appel à un très grand dessinateur de caractères : Albert Boton. Difficile de résumer son œuvre mais disons qu’il est derrière de très nombreux logos de marques que vous croisez au quotidien.
Vous vous souvenez que tout repose sur des ronds et des traits ? La typographie du RER alterne justement entre la rigidité du trait droit et la douceur des terminaisons arrondies.
Ce caractère me fascine littéralement, et je ne saurais trop dire pourquoi. C’est toujours difficile de verbaliser son ressenti devant une typographie… Je crois que malgré sa rigidité et sa franchise, c’est un caractère extrêmement doux, presque ludique. C'est assez déroutant.
Pour l’anecdote, cette typographie s’appelle assez ironiquement « Formula One ». Les majuscules sont dépourvues d’accents. Naturellement, l’esthétique des pictogrammes suit.
Si vous ne deviez retenir qu'un mot de tout ça, c’est celui-ci : système. L’équipe de Tallon a créé un système, c’est-à-dire un ensemble articulé de signes qui fonctionnent ensemble. C’était encore assez singulier pour l’époque.
J’ai volontairement mis un peu cette question de côté pour ce thread mais on retrouve des résonances jusque dans le carrelage, le mobilier… Tout est mis en cohérence.
Rappelez-vous aussi que le RER à l’époque, c’est le must : des trains rapides et fiables, un matériel moderne… Et qui participe au dynamisme du grand centre économique en devenir que représente Paris qui plus est ! Le RER, c’est le progrès en lettres capitales.
Designer, c’est aussi un acte politique. En l’occurence, il s’agit de graver ce progrès jusque dans le signe. Bien entendu, ces rondeurs, c’était aussi pour s’inscrire dans la mode des 70s — on l’a vu avec le Corail.
L’enjeu de ce système, c’était aussi qu’il dure et c’est réussi. Regardez les plans de lignes, le tracé caractéristique des lignes est resté le même depuis 1977 🙂
Mieux encore, les ajout de lignes successifs (le RER E, puis le réseau de banlieue, puis les trams…) ont fait évoluer le plan sans qu’il ne perde en efficacité.
La signalétique a ensuite profondément évolué à la SNCF comme à la RATP dans les années 90-2000. Beaucoup de panneaux ont été déposés… Mais il reste encore quelques traces, ici et là 😍
Ce thread est déjà bien long et il y aurait encore tellement de choses à dire… J’espère sincèrement avoir été le plus clair possible 😉
Et puis écrire ce thread, c’est évidemment une façon de rendre hommage à Messieurs Tallon, Meyer et Boton. Immense respect pour ces designers de génie, qui n’ont fait que décupler ma passion pour ce métier. 🙏
Et un salut amical aux personnels de la RATP et de la SNCF chargés de la signalétique, qui perpétuent cet héritage au quotidien.
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